Rat race vs frugalisme
- Dec 13, 2025
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Récemment, une personne m’a fait la mention que j’étais quelqu'un de cheap, me comparant au personnage de Balthazar Picsou dans Mickey Mouse. En faisant des recherches en ligne, j’ai découvert que ce personnage était principalement reconnu pour son avarice. Il tenait énormément à son argent et dépensait très peu.
La raison du commentaire de cette personne lui appartient. Cependant, son incompréhension du frugalisme illustre parfaitement à quel point notre société est axée sur la surconsommation, l’endettement et au cycle du « métro-boulot-dodo ».
Ma discussion avec cette personne n’a fait que renforcer davantage mon désir d’adopter un mode de vie frugal. Elle a d’ailleurs rappelé une conversation que j’avais eue il y a plusieurs années avec un superviseur (voir l’article : Le frugalisme: jamais entendu parler...). Cette discussion m'avait en quelque sorte ouvert les yeux sur le monde de la surconsommation et d'endettement dans lequel nous vivons.
Dans le présent article, je souhaite donc vous partager ma vision du frugalisme.
Qu’est-ce que le frugalisme?
En quelques mots, le frugalisme consiste à adopter un mode de vie où l’on épargne et investit une part significative de notre revenu, dans le but de prendre une retraite anticipée ou d’atteindre l’indépendance financière. Pour y parvenir, on choisit de réduire volontairement ses dépenses jugées non essentielles et on s’éloigne de la surconsommation. Bref, on vit de manière simple, consciente et on évite le gaspillage.
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le frugalisme ne s’oppose pas à la consommation. Bien au contraire, il encourage une gestion saine et réfléchie de ses finances. On dépense selon nos moyens et, surtout, on se paie en premier (voir l’article : Se payer en premier). Ce mode de vie ne diminue aucunement notre qualité de vie, il permet plutôt d’aligner nos dépenses sur nos intérêts, nos objectifs et nos revenus.
Les voyages, les dépenses de bébelles et les sorties au resto sont donc possibles, mais seulement après s'être payé en premier. Par contre, on achète des choses avec une ferme intention de les garder pour longtemps et on s'assure qu'on en a pour notre argent.
Le frugalisme ne signifie pas être égoïste ni vivre uniquement pour sa personne. Loin de là, lorsqu'on adopte un mode de vie frugal, on se libère du piège que notre société nous impose par rapport à la surconsommation et de ses obligations. Cette liberté permet de consacrer davantage de temps de qualité à nos proches, sans nécessité de dépenser pour plaire ou prouver quoi que ce soit. On a également plus de temps pour redonner à sa communauté, selon notre volonté, sans contrainte.
Pourquoi? Parce qu’on n’est plus prisonnier des contraintes financières qui nous obligent à travailler uniquement pour payer d’autres personnes que nous-mêmes. Ainsi, on devient libre de notre temps et de nos actions.
Bien loin du personnage de Balthazar Picsou, n’est-ce pas?
Quel est l’objectif du frugalisme?
L’objectif ultime du frugalisme est l’indépendance financière ou une retraite anticipée.
Comme mentionné précédemment, le frugalisme est un mode de vie où on réduit nos dépenses superflues. On ne cesse pas de consommer complètement. En dépensant moins son argent, on dégage une plus grande capacité d’épargne et d’investissement. Chaque dollar économisé devient un dollar investi, et chaque dollar investi travaille ensuite à faire croître notre patrimoine.
Le but est de ne plus dépendre d’un emploi où on est forcé de travailler pour un employeur. Le travail devient donc un choix et non une obligation. Lorsque l’on choisit de travailler, on le fait par intérêt, par passion ou par conviction plutôt que par contrainte. Même après avoir atteint l’indépendance financière, il est possible de conserver son emploi si celui-ci nous convient. Personnellement, je travaille dans un secteur très stimulant et je me considère privilégié de pouvoir me rendre au travail avec enthousiasme. L'atteinte de l'indépendance financière ne signifierait donc pas que je quitterais immédiatement mon emploi. Par contre, j'y serai par conviction, non par obligation.
Pour que le travail devienne réellement facultatif, il faut évidemment s’éloigner de la vie de l’endettement. Dans l’optique d’un mode de vie frugal, je crois qu’il est important que nos actifs surpassent nos passifs (les obligations financières).
La raison est simple : chaque dollar gagné devient en quelque sorte un employé (nos actifs) qui travaille pour notre entreprise (nous-même). Son rôle est de faire croître cette entreprise (notre patrimoine) et un jour, elle sera vendue (notre retraite).
La rat race
La rat race est en quelque sorte un mode de vie en contradiction avec celui du frugalisme, où l’on travaille par obligation et où l’on compétitionne pour les mêmes objectifs que ses paires, soit l’enrichissement apparent et l’image du succès. C’est un cycle sans fin.
Regardez autour de vous : vos voisins, vos collègues, vos amis… Combien de personnes connaissez-vous qui conduisent de grosses voitures récentes, qui « possèdent » un beau bateau, une moto ou qui partent régulièrement en voyage?
Maintenant, posez-vous la question suivante : combien de ces personnes ont réellement achetés ces biens?
J’ai bien utilisé le mot « acheter » et non « s’endetter ». Vous constaterez rapidement que ce nombre est beaucoup plus faible qu’on pourrait le croire.
Dans cette rat race, ce qu’on recherche, c’est le pouvoir et cette image de prestige véhiculée à travers des biens de consommation. On s’endette pour préserver cette image, on se compare et on tente de suivre le rythme de nos voisins.
À l'inverse, le frugalisme offre une prise de conscience et de nous recentrer sur nos besoins, non celui du voisin. Il permet de distinguer nos besoins réels de nos désirs dictés par l’apparence, et de réaliser le ridicule de la richesse que l’on cherche parfois à projeter aux yeux de nos pairs… une richesse superficielle et à crédit.
Redonner aux autres
Si je me fie aux propos de la personne qui m’a gentiment traité de cheap et de Balthazar Picsou, être frugal ne serait certainement pas compatible avec la volonté de redonner à ses proches et à sa communauté.
Pourtant, n’ai-je pas mentionné plus tôt que le frugalisme, c’est aussi avoir du temps pour les autres?
Plus jeune, j’ai commencé à faire du bénévolat dans un club de devoirs parce que c’était une obligation pour obtenir un emploi précis. Ce qui ne devait être que du court terme s’est transformé en un engagement à long terme, engagement qui perdure encore aujourd’hui. Pourquoi? Pour l'impact que le bénévolat peut avoir sur les autres.
En parallèle de mes études universitaires, puis de ma vie professionnelle, j’ai œuvré bénévolement dans divers milieux : auprès des jeunes de quartiers défavorisés, en santé mentale, au sein de mon université, comme accompagnateur pour des personnes atteintes de cancer, etc.
Pendant près de 10 ans, j’ai été impliqué auprès de la même organisation communautaire, à la fois dans un club de devoirs et au sein d’un comité du conseil d’administration chargé de mettre en place des services en français dans un milieu majoritairement anglophone.
Au club de devoirs, je rencontrais 2 fois par semaine, des jeunes issus de milieux défavorisés et de communautés ethniques très variées. Ayant grandi dans un milieu semblable, je comprenais les défis auxquels ces jeunes faisaient face et je souhaitais devenir un modèle, leur démontrer qu’il était possible de surmonter les obstacles.
Avec le temps, même les parents se joignaient au club de devoirs dans ce petit local situé au sous-sol d'un immeuble d’habitation à loyer modique (HLM). Ce qui était d'abord un lieu destiné à aider les enfants avec leurs devoirs s'est progressivement transformé en un espace communautaire, où les familles se retrouvaient, échangeaient et créaient des liens. Avec la participation de ces mêmes parents, nous avions même créé un programme d'été destiné aux jeunes.
Tout cela pour dire que l'esprit du frugalisme est loin d'être centré sur soi. Atteindre l'indépendance financière grâce à un mode de vie frugal ne signifie pas de se désintéresser des autres ou ignorer ce que vivent nos pairs. Au contraire, cela nous offre davantage de temps et de liberté pour nous impliquer auprès de notre communauté et redonner, sans pression ni contrainte.
Si malgré cet article, on me considère toujours de cheap, alors il n'y a rien à ajouter... dialoguer avec un mur donne le même résultat.



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