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Bonjour Voisin !

  • Apr 29
  • 7 min read

Dans mon dernier article sur le mouvement FIRE, je faisais allusion à l'adaptation hédonique pour décrire le fait que plusieurs personnes se comparent constamment à celles qui les entourent et ressentent le besoin d'avoir toujours plus.


Par coïncidence, quelques jours plus tard, je commençais la lecture du livre A handbook for living - The Art of Happiness, du psychiatre américain Howard C. Cutler, qui relate ses échanges avec le Dalaï Lama. L'ouvrage explore les sources du bonheur. Le premier chapitre, lui, aborde le concept de l'adpatation hédonique.


Cette lecture m'a amené à retenir deux éléments clés :


  • La comparaison avec les autres et nous-même

  • L'appréciation de ce que nous possédons


Ce qu'est l'adaptation hédonique


Je vais ramener ce que j'ai écrit dans mon dernier article.


Il s'agit de la tendance qu'ont les gens à revenir rapidement à leur niveau d'équilibre de base suite à un événement positif ou négatif. En d'autres termes, l'excitation liée à une nouvelle acquisition (ou l'atteinte d'un objectif) diminue avec le temps.


Ce cycle peut être résumé ainsi :


1.     Nous désirons quelque chose ou quelqu'un

2.     Nous faisons des efforts pour l'atteindre ou l’obtenir

3.     Nous atteignons l'objectif ou obtenons ce dont nous désirions

4.     Nous en profitons

5.     Nous nous adaptons et l'excitation disparaît

6.     Nous désirons davantage

7.     Nous revenons à l’étape 1


La comparaison avec les autres et nous-même


Dans la section The comparing mind, l'auteur Howard C. Cutler, explique que nous sommes constamment en mode de comparaison, soit avec autrui ou avec soi-même. Par exemple, on se compare avec le salaire des autres ou son propre salaire lorsqu'on reçoit une augmentation.


L'auteur explique que le bonheur dépend moins du revenu absolu que de la comparaison. Une hausse de salaire procure un plaisir temporaire, mais on s’y habitue rapidement et on en veut toujours plus. De plus, notre satisfaction diminue si nous nous comparons aux autres, surtout lorsque nos voisins gagnent davantage (p. 12).


Dans la logique de l'adaptation hédonique, nous cherchons constamment à gagner plus d'argent. Pourtant, chaque augmentation finit par devenir la nouvelle normalité. Nous nous habituons rapidement à ce nouveau salaire. Une fois cette étape atteinte, un nouveau désir apparaît, celui de gagner encore davantage.


Pour y parvenir, plusieurs stratégies sont utilisées. Évidemment, l'une des plus courantes consiste à travailler plus d'heures supplémentaires. Au début, les paies plus élevées procurent un sentiment de satisfaction, mais encore une fois, nous finissons par nous habituer. Ces revenus deviennent la nouvelle norme et le cycle recommence, on cherche encore une fois à gagner plus.


Avec toutes ces heures passées au travail, nous délaissons nos intérêts personnels, nos activités, nos proches et notre famille... tout ça pour des revenus supplémentaires qui, au final, ne nous procurent qu'une satisfaction temporaire.


Inévitablement, nous atteignons un mur, soit que nous atteignons notre limite physique ou mentale, soit que nos désirs deviennent irréalistes. Dans ces deux cas, le résultat est le même... l'insatisfaction.


Sur le plan matériel, le phénomène est tout aussi présent. Nous pouvons, par exemple, nous endetter pour acquérir une nouvelle voiture. Au début, tout est excitant. Nous avons les gadgets, le confort et... ça sent le neuf! Rapidement, ce qui était du luxe devient la norme. On se lasse rapidement de ce nouveau véhicule et son attrait s’estompe après quelques mois ou quelques années.


Éventuellement, même si la voiture n'a que quelques années, plusieurs commenceront à regarder pour le nouveau modèle... pour les nouveautés ou parce qu'un voisin ou une connaissance s'est acheté (endetté) une nouvelle voiture. Ce qu'on ne réalise pas, c'est que ce cycle ne s'arrête jamais. Ici, nous nous comparons avec nous-mêmes, avec ce que nous possédions déjà, mais pour d'autres, elle se fait surtout avec les voisins, les amis ou les collègues.


Certaines personnes se procurent (s'endettent) un véhicule simplement parce que le voisin l'a fait. J'en ai d'ailleurs été témoin dans mon quartier. Un voisin s'est acheté (endetté) un gros camion Dodge Ram... peu de temps après, deux voisins immédiats ont achetés (endettés) le même camion. Le plus frappant dans cette situation, c'est que les trois ont choisi exactement le même modèle... et la même couleur, le noir.


Est-ce que chacune de ces personnes est plus heureuse avec son nouveau camion? À court terme, elles ont sans doute ressenti une montée d’adrénaline et d’excitation, mais probablement pas à moyen ou à long terme.


En fait, je peux même répondre à la question à partir de ce que j'ai observé.


Une de ces personnes (voisin A) a remplacé son gros Dodge Ram pour un VUS neuf... un an plus tard. Un autre (voisin B) a changé de maison pour déménager... dans celle située directement en face de son ancienne résidence, qui se trouve à être l’ancienne maison de voisin A. Quant au beau gros Dodge Ram de voisin B, il est stationné presqu'en permanence dans son entrée et est rarement utilisé.


Dans toute cette histoire, les voisins A et voisin C se sont tous deux séparés de leur conjointe et ont vendu leur maison. Manifestement, ce gros camion ne les a pas rendus plus heureux.


À y réfléchir, j'en ai mal à la tête...


À ce sujet, un passage du livre A handbook for living - The Art of Happiness rapporte les propos du Dalaï Lama, selon lesquels la cupidité naît du désir d’obtenir, mais ne s’apaise pas une fois l’objet acquis. Elle devient ainsi sans limite, presqu'insatiable, créant un cycle où la quête de satisfaction ne mène jamais à un réel contentement (p. 18-19).


L'appréciation de ce que nous possédons


Alors, comment peut-on contrer l'adaptation hédonique?


L'auteur Howard C. Cutler propose une piste intéressante. Il explique qu'il est possible d'utiliser l'adaptation hédonique de façon positive. En effet, notre sentiment de satisfaction augmente lorsque l’on prend du recul pour apprécier ce que l’on possède, plutôt que de se concentrer sur ce qui nous manque, notamment en gardant en tête que d’autres vivent avec moins ou vivent des situations difficiles (p. 13).


Pour appuyer cette idée, l'auteur fait référence à des études menées par des universités américaines. Il mentionne notamment une expérience dans laquelle on demandait à un premier groupe de compléter la phrase : "I'm glad I'm not a ...", tandis qu'un deuxième groupe devait compléter : "I wish I were a ...". Les résultats ont montré que les participants du premier groupe ressentaient davantage de satisfaction dans leur vie, tandis que ceux du deuxième groupe se déclaraient moins satisfaits.


Par exemple, nous pouvons nous dire que nous sommes chanceux de ne pas être dans un milieu où la famine est présente, dans un pays en situation de pauvreté extrême. Nous réalisons alors tout le confort, même dans un mode de vie frugal, dont nous bénéficions dans notre société occidentale. Cela remet donc en perspective nos désirs, qui peuvent nous entraîner vers la surconsommation et l'endettement.


À l'inverse, si nous nous comparons à la personne la plus riche du monde (Elon Musk - environ 775 milliards), notre salaire, même s'il est supérieur à la moyenne des gens, pourrait nous sembler ridiculement faible. En nous mesurant à une telle référence, nous portons surtout notre attention sur sa richesse et ses biens, c’est-à-dire tout ce que nous n’avons pas. Cela peut nous amener à désirer des choses impossibles à obtenir, ce qui diminue notre sentiment de satisfaction dans la vie. Pour tenter de combler ce vide, nous pouvons nous endetter afin de paraître plus riche et d’adopter une forme de niveau de vie similaire à celui auquel nous aspirons. Toutefois, cet endettement finit souvent par engendrer davantage de problèmes, notamment du stress financier et l'affaiblissement de l’indépendance financière.


Ainsi, lorsque nous comparons notre niveau de confort, propre aux sociétés occidentales, à celui de personnes vivant dans des contextes de famine, de guerre ou de grande précarité, il est légitime de se demander si nous avons réellement besoin de tous nos biens... et de tout ce que nous désirons en plus.


Plus loin dans le livre, l'auteur mentionne qu'il est possible de contrer la cupidité, ou cette tendance à vouloir toujours plus, par deux approches :


  • Obtenir tout ce dont nous désirons (voiture, maison, argent, etc.)

  • Apprendre à apprécier ce que nous possédons déjà


Comme l'explique l'auteur, la problématique de la première méthode est qu'à un moment, nos désirs deviennent sans limite et demeureront inatteignables. Il cite d'ailleurs le Dalaï Lama en évoquant la réaction que nous pouvons avoir face aux tentations.


Ce dernier mentionne qu'à un certain moment, nos désirs peuvent devenir excessifs. Face à toutes ces tentations, le premier réflexe est souvent de tout vouloir. Cependant, un simple recul permet de se demander si ces achats sont réellement nécessaires, et la réponse est généralement non. Céder à ces impulsions mène rapidement à des dépenses inutiles. En revanche, privilégier l’essentiel, qui est de se nourrir, se loger et se vêtir, constitue une approche plus sensée (p. 17).


Ce passage me rappelle l'importance de s'en tenir à ses besoins essentiels et de ne pas vivre au-dessus de ses moyens (Budget: Le 50/30/20). Il est certain que le livre fait probablement allusion à un mode de vie encore plus frugal que celui généralement associé aux personnes en quête de l'indépendance financière. Toutefois, j'en retire surtout des leçons importantes sur notre société de surconsommation.


Personnellement, dans ma démarche vers l'indépendance financière, afin de mieux gérer les désirs superflus, j'adopte les stratégies suivantes :


  • Conscience du concept de l'adaptation hédonique : ai-je vraiment besoin d'avoir plus?

  • Pratique de la gratitude : apprécier ce que j'ai déjà (matériel, financier, social, etc.). Par exemple, mon vieux vélo acheté en 2005 me sert encore aujourd'hui, tout comme mon vieux manteau d'hiver de près 20 ans que je porte toujours. Dernièrement, j'ai utilisé mes talents de couturier pour le réparer.

  • Ne pas gaspiller l'excédent d'argent : même après avoir atteint mes objectifs d'investissement, je travaille actuellement à rembourser complètement mon hypothèque (pauvre institution financière 😉). Est-ce que je pourrais me permettre d'acheter une voiture de luxe cash? Fort probablement, oui. Mais est-ce que je le fais? Non, car mon objectif est l'indépendance financière complète.

  • Le partage : par des dons (aux proches) ou en temps (le bénévolat)

  • Être conscient de l'inflation du niveau de vie : j'ai la chance d'avoir un très bon salaire et un excellent régime de retraite, mais j'ai longtemps choisi de vivre en deçà de mes moyens et d'investir 40 % et plus de mon revenu net, plutôt que d’ajuster mon mode de vie à mon revenu élevé.


Référence


HH Dalai Lama et Howard C. Cutler, M.D. (1998). A Handbook for Living: The Art of Happiness, His Holiness the Dalai Lama et Howard C. Cutler, M.D. Riverhead Books



 
 
 

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